Jeune fille se peignant, 1892-94
Huile sur toile, signée en haut à droite.
46 x 37.50 cm
Provenance :
William Martin, Londres
Alex Reid & Lefèvre Ltd., Londres, acquis du précédent le 11 janvier 1936
Galerie Etienne Bignou, Paris, acquis du précédent le 18 avril 1936 (titré Buste de jeune fille)
Morris Gutmann (French Art Galleries, Inc.), New-York
Henry J. Leir, New-York, acquis du précédent en 1952
Vente Sotheby’s, Londres, 24 juin 1996, n°28, p.34, reproduit en p. 35 et daté 1891
Succession Henry J. Leir
Vente Sotheby’s, New-York, 12 mai 1999, n°227, p.34 (reproduit en couleurs en p.35 et daté 1891-92)
Vente Sotheby’s, New-York, 4 mai 2005, n°150, p.64 (reproduit en couleurs p.65)
Collection particulière, Suisse
Expositions :
Collection David et Ezra Nahmad. Impressionnisme et audaces du XIXè siècle, Musée Paul Valéry, Sète, 29 juin-27 octobre 2013, n°26, reproduit en pp. 10, 107, 110, 252.
Modern Masters : from Rembrandt to Picasso - Representation of the Figure in Western Art, Sotheby’s Hong Kong Gallery, 2014.
Paul Valéry et les peintres : Courbet, Manet, Morisot, Degas, Monet, Renoir, Matisse, Picasso..., Musée Paul Valéry, Sète, 25 septembre 2020-25 avril 2021, n°33, reproduit en p.125.
La Collection Nahmad. De Monet à Picasso, Musée des Impressionnismes, Giverny, 28 mars - 29 juin 2025, n°34, pp.68, 69, 118.
Oeuvre en raport :
Jeune fille de profil à gauche.
Pastel et fusain sur papier vergé crème collé sur châssis entoilé, 58,5 x 45 cm. Musée d’Orsay, Paris, inv. REC 56.
Attestation d’inclusion au catalogue raisonné digital de l’artiste établie par le Wildenstein Plattner Institute.
Peignant ou tressant ses longs cheveux, la jeune femme que notre tableau prend pour modèle est dévoilée dans un geste d’intimité quotidienne. Avant d’aller se coucher, en déshabillé, probablement devant sa glace, elle accomplit l’un des derniers rituels d’une journée féminine, l’un des plus secrets, auquel le peintre est admis.
Resserrant le cadrage sur son buste, en suivant une belle ligne d’épaule et de nuque, en omettant presque le fond, Renoir renforce le sentiment d’intimité. Une intimité partagée et non volée, dans une douceur qui est aussi suggérée par le traitement formel de l’oeuvre, rappelant les effets du pastel.
Au début des années 1890, Renoir est définitivement revenu de sa période dite « ingresque » et s’octroie une plus grande spontanéité, cherchant à réconcilier le dessin avec la matérialité de la chair. La peau est ainsi traitée comme un terrain d’expérimentation chromatique. La blancheur se couvre de roses, de verts, d’orangés pour parvenir, par superpositions, à une sensuelle matérialité. Les ombres y jouent subtilement pour la modeler.
La maladie qui le clouera dans un fauteuil, et dont il souffrira particulièrement dans les deux dernières décennies de sa vie, ne s’est pas encore déclarée.
C’est une période transitoire dans sa carrière, qui précède une phase plus ample et monumentale mais qui condense aussi ce que la peinture de Renoir a de plus émouvant : une délicatesse feutrée qui la caractérise, cette peinture à patte de velours.
La figure féminine, souvent en buste, est très présente dans ces années de création, la plupart du temps évoquée dans un retrait silencieux, une forme de recueil qui exclut la solennité classique mais suggère toutefois une certaine permanence, comme si le temps avait arrêté sa course pour contempler ce petit moment de vie ordinaire mais essentiel à la beauté des jours.
Nous ne savons pas qui est le modèle de notre tableau. Nous le reconnaissons dans un pastel préparatoire conservé au Musée d’Orsay, dont le contexte nous manque, puisqu’il fut retrouvé en Allemagne après la guerre et confié à la garde des musées nationaux.
Qu’importe le modèle, il n’est pas ici le sujet mais bien le support, le véhicule qui nous conduit, suivant l’inclinaison tendre de son cou, son doux et délicat profil et ses yeux mi-clos, à une méditation sensuelle et reconnaissante de la beauté des choses simples de la vie.
